accueil fièrEs communiqués liens dernières infos nos amies l'enfer de la Suède
pétitions
contactez nous
recevez nos infos
putophobes
féminisme
proxénétisme
nos droits
cher client

5 février 2007

Les Putes soutiennent les féministes indigènes

 

Parce que nous refusons un modèle type de la femme libérée.

Parce que nous refusons que les paroles des minorités soient confisquées par des bien-pensants « charitables » dont le discours normatif est discriminatoire.

Parce que nous luttons pour un féminisme qui reconnaît les femmes dans la diversité de leurs choix, leurs croyances, leurs pratiques religieuses, professionnelles, sexuelles et culturelles.

Parce qu'enfermer une personne dans le rôle de victime aliénée n'a d'autre but que de la réduire au silence et de nier sa capacité à revendiquer ses droits.

Parce que lutter globalement contre le système sexiste dominant implique nécessairement de reconnaître les oppressions spécifiques de chaque minorité.

Parce que chercher à tout prix à se distancier du schéma de « pute ou soumise » ne fait que renforcer ces stigmates.

Parce qu'il ne doit y avoir aucune hiérarchie entre les luttes contre le sexisme, le racisme, la putophobie, l'islamophobie ou l'homophobie.

Parce que nous dénonçons les manipulations des luttes des femmes pour justifier des politiques répressives et sécuritaires.

Parce que nous n'admettons pas qu'une femme ait à justifier, démontrer ou prouver son intégrité féministe ou un quelconque niveau d'émancipation pour être entendue et respectée.

Parce que notre lutte est celle de toutes les femmes,

Nous soutenons l'appel des féministes indigènes.

 

Appel des Féministes Indigènes
Réunion publique du Collectif des féministes indigènes, samedi 17 février à 14h30

Sous le Haut Marrainage de Solitude, héroïne de la révolte des esclaves guadeloupéens contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon, de Jamila Bouhired, révolutionnaire algérienne et de nos mères immigrées

Appel des Féministes Indigènes

Personnalités politiques, intellectuel-le-s, féministes, représentants institutionnels... en France, se penchent avec humanisme et compassion sur le sort des femmes issues de l’immigration post-coloniale que NOUS sommes.

Ils nous encouragent à nous émanciper, à nous défaire de notre état de nature, ou, pour les plus évoluées d’entre nous, de notre état de sous-culture. Ils nous protégent contre nos maris, nos pères et nos frères supposés culturellement violents, violeurs et voileurs. Ils sont les boucliers sans lesquels nous sommes vouées à demeurer soumises, mariées de force à des brutes, excisées..., et peut-être même lapidées. De leur vigilance zélée dépend notre libération. Ils parlent en notre nom. Pour notre bien...

Messieurs-Dames, le Collectif des Féministes Indigènes a le plaisir de vous annoncer la fin de la comédie. Il vous prie de ravaler vos larmes et de remballer vos bons sentiments.

Ce discours néocolonial et paternaliste est une VIOLENCE que nous n’acceptons plus.

Nous refusons la dépossession et l’instrumentalisation de nos luttes.

Nous refusons catégoriquement que des personnes non concernées par des discriminations racistes et sexistes parlent en notre nom. Comme nous refusons le discours stigmatisant et essentialisant des femmes issues de l’immigration, qui prêtent leurs voix au discours dominant, structurellement raciste et opportunément féministe. Parler à notre place, c’est nous spolier de nos vies, nous déposséder de nos parcours et de notre vision du monde. C’est aussi saboter nos luttes quotidiennes.

Nous ne sommes pas dupes de cette instrumentalisation qui fait de nous des victimes idéales.

Les discours dominants à la fois racistes et sexistes confisquent notre parole, réduisent notre complexité, nient nos résistances. Ces procédés s’enracinent dans les systèmes esclavagistes et coloniaux qui, déjà, contraignaient les femmes à une double expropriation de leur corps (à la fois, force de travail et objet sexuel). Nos mères, loin des stéréotypes du féminisme blanc, ont toujours su résister. Nous résistons.

Notre démarche est féministe, spécifiquement indigène…

Nous, en tant que femmes vivant en France, héritons des acquis des luttes des féministes françaises. Mais en tant que femmes racialisées, nous remettons en question les diktats de l’universalisme blanc et masculin et du féminisme blanc qui dénient toutes autres visions du monde ou vécus. Le féminisme occidental n’a pas le monopole de la résistance à la domination masculine.

Nous refusons les présupposés idéologiques selon lesquels le féminisme serait incompatible avec la foi religieuse, notamment en portant et défendant la parole féministe des femmes croyantes. Nous assumons et revendiquons nos identités plurielles, aux contours variables faites aussi de contradictions et d’imperfections.

Nous refusons l’injonction à la déloyauté envers les nôtres avec tous les sacrifices que cela suppose : rupture familiale, guerre et concurrence des sexes, mise à distance de nos cultures chaque jour mises en accusation.

Nous interpellons nos communautés et l’ensemble de la société. Nous dénonçons et nous nous battons contre les systèmes d’oppression. Nous ne voulons pas "conscientiser" les femmes issues de l’immigration, dont nous sommes, ni les juger sur des critères "d’émancipation" subjectifs. Chaque femme est en droit de choisir son mode de vie en continuité, en composition ou en rupture avec sa culture, sa tradition ou sa religion.

Nous revendiquons l’autonomie de nos luttes et de nos trajectoires.

…et anti-impérialiste

Nous exigeons désormais des mouvements politiques occidentaux qui pensent les rapports Nord/Sud qu’ils cessent d’ignorer les conséquences de l’impérialisme et du libéralisme dans le maintien et le renforcement des systèmes patriarcaux. Nous considérerons désormais comme anti-féministe toute solidarité avec les femmes du sud qui n’intègre pas le rapport étroit entre patriarcat et impérialisme.

Nous exigeons une égalité réelle

Dans notre société, racisme et sexisme sont intimement imbriqués. Nous subissons des oppressions de classe, de genre et de néo-indigénat qui se renforcent mutuellement . Notre parole est seule légitime pour faire état de la réalité de ces oppressions croisées. Cette parole est radicalement anti-raciste et anti-sexiste. Nous n’établissons pas de priorité entre ces luttes intrinsèquement liées. Nous dénonçons catégoriquement toutes les violences sexistes et racistes que nous subissons quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent. Nous ne tairons pas notre combat féministe sous prétexte que la lutte anti-raciste est prioritaire. De la même façon nous ne tairons pas notre combat anti-raciste pour servir de relais, au nom d’un pseudo-féminisme à la diabolisation des noir-e-s, des arabes, des musulman-e-s et d’autres populations stigmatisées racialement.

Nous refusons d’être l’enjeu de la concurrence et de la bataille que se livrent le patriarcat des dominés et celui des dominants.

Par conséquent, nous nous inscrivons dans ce féminisme paradoxal afin de ne plus jamais être le cheval de Troie de la suprématie blanche ou les traîtresses à l’ordre communautaire.

C’est à ce prix que l’on pourra se battre contre les représentations coloniales, indigénisantes et folklorisantes des femmes noires, arabes et musulmanes, véhiculées dans les discours dominants, les politiques publiques et les espaces médiatiques. C’est ainsi que l’on pourra casser les stéréotypes de la beurette, de la maman-nourricière et infantilisée, de la musulmane manipulée ou de l’africaine exotique.

Dans une société "francepaysdesdroitsdel’homme", structurellement inégalitaire et patriarcale, NOUS, descendantes de colonisé-e-s et d’immigré-e-s lançons un appel aux femmes et aux féministes qui s’estiment victimes de violences sexistes et racistes à nous rejoindre en vue de contribuer à l’émergence et à la construction d’une parole FEMINISTE POLITIQUE, égalitaire et autonome qui interpelle l’ensemble de la société française dans sa gestion des questions concernant les femmes venues ou vivant dans les pays du sud.
Venez partager notre réflexion lors d’une réunion publique (organisée en coopération avec La Maison Verte), ouverte à toutes et à tous le samedi 17 février à 14h30, 127 rue Marcadet, 75018, M°Lamarck ou Jules Joffrin.

Collectif des féministes indigènes

http://www.indigenes-republique.org/spip.php?article667

26 Janvier 2007


lu sur Litinéraire

http://www.itineraire.ca/jr_articles/archives_2003/nov03/Putederue.htm

 

Roxane Nadeau: Le culte de l’intensité
Audrey Coté

« Quand tu t’fais casser la gueule dans une ruelle, que tu saignes de partout pis qu’les lumières s’allument dans les maisons mais que personne ne réagit ou n’ appelle la police, c’est là qu’tu réalises que pour le monde, t’es rien qu’une pute! Pourtant, la non-assistance à une personne en danger est un crime! » Roxane Nadeau sait de quoi elle parle lorsqu’elle dénonce le regard méprisant de la société vis-à-vis des travailleuses du sexe. Ayant fait de la prostitution de rue pendant 13 ans, elle milite aujourd’hui pour les droits des travailleuses du sexe et donne une voix à ses consœurs par l’entremise de Vicky, la narratrice prostituée et junkie de son premier roman Pute de rue. Mais attention! la narratrice n’est pas l’auteure. En fait, bien que la frontière identitaire entre la narratrice et l’auteure s’embrouille aisément, Vicky et Roxane sont deux femmes fortes qui partagent un univers aussi dur que stimulant : la rue. « Vicky a une parole et Roxane un discours », nuance l’auteure en expirant la fumée de sa cigarette.

La rue : une quête spirituelle
Ce qu’on remarque en premier lorsqu’on rencontre Roxane Nadeau, c’est son regard magnifique, illuminé d’une vivacité empreinte d’urgence de vivre. « J’suis bien dans l’intensité… Et d’ailleurs, l’intensité existe seulement dans quelque chose qui n’est pas installé, qui ne peut se tenir pour acquis. Et dans la rue, y’a pas d’acquis. » Dix ans après avoir vécu la prostitution de rue, la femme de 38 ans a écrit Pute de rue en pensant à ses consœurs de la rue : « J’ai écrit ce roman pour celles qui sont mortes, pour celles qui travaillent encore sur la rue. Je l’ai aussi écrit pour que les gens comprennent que les travailleuses du sexe de la rue ne sont pas juste une drôle d’affaire qui marche tout croche. On est aussi des personnes humaines. » D’ailleurs, ses consœurs de Stella (organisme qui soutient les travailleuses du sexe) ont été les premières lectrices de Pute de rue car, dit-elle, « la solidarité à l’égard des filles de la rue était essentielle pour l’écriture de ce roman. »
Lieu de tous les possibles, la rue habite toujours Roxane Nadeau : « On ne sort jamais complètement d’la rue. La rue, c’est chez moi », souffle-t-elle spontanément. Belle marginale à la trajectoire de vie marquée par l’indépendance à tout prix, Roxane Nadeau dégage à la fois l’assurance et la fragilité de celle qui a bataillé intérieurement et socialement pour être et rester elle-même… sans compromis. La narratrice et l’auteur ont en commun le culte de l’intensité. L’intensité comme mode de vie, comme impérieuse condition de l’existence : « Pour moi, la rue, ça a été comme une quête spirituelle, un culte de l’intensité. T’es seule face à toi-même et tu dois vivre, malgré tout. Ça m’a permis d’explorer mes limites, mes possibilités. C’est une recherche de l’essentiel. La dope, ça t’donne accès à autre chose, à l’intérieur et à l’extérieur de toi », raconte l’auteure de Pute de rue.

Décriminaliser pour contrer la violence
Dans la quête de soi, il y a aussi toujours eu la quête des autres, le souci de l’engagement social pour les femmes et les travailleuses du sexe. Consciente qu’elle s’est longtemps réfugiée dans la drogue par peur de réussir, elle trouve toujours aussi assommant le discours qu’on sert ad nauseam aux filles qui choisissent librement de faire de la prostitution et de s’impliquer dans leur milieu : « J’accepte pas le discours du monde qui dit : “ tu vaux plus que ça, tu peux faire mieux, t’es intelligente, belle. ” On vaut plus que quoi, que qui? C’est quoi c’te concept-là? L’autre jour, une journaliste de La Presse a essayé d’me faire dire que j’étais une exception, que j’étais surdouée, différente des autres. C’est quoi ça? Différente par rapport à qui? », s’interroge-t-elle, visiblement contrariée par la tendance des médias de masse à vouloir tout expliquer par le cas particulier plutôt que de considérer l’ensemble d’une problématique.
Militante active auprès de groupes féministes et de Stella depuis l’âge de 18 ans, Roxane Nadeau pose un regard des plus perspicaces sur les conséquences de la criminalisation des activités liées à la prostitution : « Tu sais, on est dans une société hypocrite. Un gars n’a pas le droit de payer 20 $ pour se faire sucer, mais il peut battre une prostituée en toute tranquillité par exemple! Pas de flics pour ça, c’est juste des putes! » Sans conteste, la criminalisation des activités liées à la prostitution, qui rendent les travailleuses du sexe plus vulnérables face aux agresseurs potentiels, est le premier facteur aggravant de la violence: « Chaque fois qu’il y a une opération-clients [opération policière visant à dissuader les consommateurs de prostitution], il y a une recrudescence de la violence envers les travailleuses du sexe. On est obligées de se cacher encore plus et on a moins l’temps d’évaluer les risques. Les clients sont nerveux et se vengent sur les filles. Tout ça pour dire au monsieur : “c’est pas beau c’que tu fais…” Y peut-tu s’faire sucer tranquille! Il paye! » Et que ceux et celles qui pensent que les prostituées n’ont qu’à faire autre chose s’il y a trop de violence se ravisent aussitôt : « On ne demande pas à une femme hétéro victime de violence conjugale de ne plus fréquenter d’hommes. Alors pourquoi une prostituée serait davantage responsable de la violence d’un homme à son égard? », questionne judicieusement l’ex-travailleuse du sexe.

Résidants contre la prostitution et clients?
C’est dans la perspective de reconnaissance de la légitimité du travail du sexe que Roxane Nadeau et ses consœurs de Stella entrevoient la possibilité de développer collectivement des moyens concrets pour lutter contre la violence et l’exploitation subies par plusieurs travailleuses du sexe : « Au fond, il faut que les gens comprennent que la prostitution peut être une option valable, au même titre que n’importe quel autre métier. Et puis qu’on arrête de nous victimiser en disant : “la pauv’tite c’est à cause d’la drogue ou elle a dû être victime d’abus sexuels dans son enfance…” Après tout, c’est nous qui chargeons aux clients! », lance-t-elle avec l’aplomb de la militante aguerrie.
Si les travailleuses du sexe militent pour le droit d’exercer leur métier dans un contexte légal et sécuritaire, d’autres militent pour les criminaliser davantage et les chasser de leurs quartiers. C’est notamment le cas du comité de résidants du quartier Centre-Sud. Chasse aux sorcières contemporaine, la lutte de certains résidants pour assainir leur quartier se noie dans l’incohérence, dans l’inadéquation du discours et de la pratique : «J’peux t’affirmer que beaucoup d’hommes, souvent des commerçants d’ailleurs, qui font partie de comités de résidants pour s’opposer aux prostituées dans leur quartier sont les premiers clients des prostituées de rue!», dénonce l’auteure de Pute de rue en toute connaissance de cause. N’est-ce pas là une belle démonstration des contradictions inhérentes à la nature humaine?

Féministes abolitionnistes et marginales assumées
« Une femme peut-elle choisir entre aller vendre des hamburgers chez McDo ou danser dans un club, faire la rue ou être escorte? Est-ce qu’on pourrait juste penser que ça peut être une décision éclairée, prise en toute lucidité et connaissance de cause? » La réponse à la question que pose Roxane Nadeau fait l’objet de débats houleux parmi les féministes. Non, disent radicalement les féministes en faveur de l’abolition de la prostitution. Oui, disent en cœur les travailleuses du sexe et leurs alliées : « J’suis féministe militante depuis l’âge de 18 ans et ça me fait chier que les abolitionnistes disent aux filles de Stella qu’elles ne sont pas représentatives des travailleuses du sexe. À leurs yeux, on est de pauvres p’tites victimes aliénées par le patriarcat, victimes inconscientes de l’oppression. Comme si elles étaient davantage pour les principes moraux que pour les femmes. Moi, j’suis pas pour ou contre la prostitution, j’suis pour les femmes. J’suis pour qu’on les protège, prenne soin d’elles, quelle que soit leur situation », déclare la féministe, l’œil pétillant de conviction.
À l’instar de la narratrice de son premier roman, Roxane Nadeau est ouvertement lesbienne et déplore la dissociation des lesbiennes féministes envers les prostituées depuis la reconnaissance de certains de leurs droits : « Les lesbiennes, féministes parmi les plus militantes des grandes batailles sociales pour les femmes, ont pourtant été longtemps marginalisées par les féministes hétérosexuelles. Maintenant que leurs droits sont mieux reconnus, beaucoup de lesbiennes féministes ont laissé tomber les putes. » Comme le dit si bien l’attachante narratrice du roman : « Ça doit être ça qui arrive quand tu t’éloignes de la marginalité : tu t’éloignes aussi de la solidarité. »
La division des marginalisées prend d’ailleurs un accent de nostalgie dans Pute de rue : « Dans ce temps-là, les lesbiennes, les putes et toutes les autres, on était dans le même bateau. » Évidemment, plusieurs lesbiennes conçoivent difficilement qu’une des leurs puisse à la fois aimer les femmes et se prostituer avec des hommes pour l’argent. Marginales parmi les marginales, les lesbiennes prostituées sont trop souvent stigmatisées et exclues : « J’ai connu des danseuses lesbiennes qui n’osaient plus vivre leur sexualité, car elles se sentaient jugées par les lesbiennes », témoigne l’auteure.
Malgré le succès qui semble poindre à l’horizon, ce n’est pas demain la veille que Roxane Nadeau s’assoira confortablement sur ses acquis pour délaisser ses consœurs de la rue. Multiple, insaisissable malgré sa générosité, c’est lorsque les médias commençaient à la réclamer qu’elle a décidé de quitter Montréal pour Calcutta, en Inde. « Je reviendrai après avoir écrit mon deuxième roman », a-t-elle lancé pour seule certitude. Résurgence de la peur de réussir ou appel irrépressible de la quête de l’intensité, de l’ailleurs qui repousse les limites intérieures?

Roxane Nadeau, Pute de rue, Éditions des Intouchables, Montréal, 2003.


Lettre ouverte à nos soeurs féministes - 8 mars 2006


Notre nouveau groupe activiste , composé exclusivement de putes -femmes et transpédégouines- a pour but l'auto support et la lutte contre la putophobie. Nous estimons que le combat des Putes est un combat féministe. Malheureusement jusqu'à présent nous sommes exclues de la plupart de ses mouvements. Cette exclusion est le fruit d'une incompréhension: la majorité des féministes pensent que nous serions victimes de la prostitution quand nous pensons que nous sommes victimes des mauvaises conditions dans lesquelles nous l'exerçons. Pourquoi cette alliance avec les catholiques intégristes sur la prostitution ? Pire, le lobby abolitionniste est aujourd'hui très puissant, présent au sein de différentes instances nationales et européennes, fortement subventionné, alors que les associations de prostituées ne bénéfici ent elles que de subventions pour la lutte contre le sida beaucoup plus faibles.

Nous ne sommes pas les premières à ne pas correspondre au modèle de LA femme valorisé par les mouvements féministes. Avant les années 1970 et la création du mouvement de libération des femmes par de nombreuses lesbiennes, celles-ci en étaient exclues. Considérées au début du XXè siècle comme des perverses elles auraient donné une mauvaise image au combat des suffragettes qui étaient déjà taxé de vouloir féminiser la société, déviriliser les hommes et encourager l'homosexualité. La revendication du droit à l'avortement à l'exception de la précurseure Madeleine Pelletier ne faisait pas partie de leur combat.

Quittons donc cette vision essentialiste de ce que devrait être LA femme, LA bonne féministe. Les putes ont besoin de l'aide des autres femmes pour améliorer leurs conditions de travail et de vie, pour faire valoir leurs droits et tout simplement être respectées. En effet, nous sommes en première ligne sur le front des violences sexistes. L'injure pute est sans doute la plus violente à l'égard des femmes et nous désignent TOUTES. A chaque instant de nos vies, elle peut nous rattraper et permet de limiter notre liberté sexuelle. Nous préférerions donc qu'au lieu de tenter de s'en défaire les autres féministes se la réapproprient avec nous en fierté cassant ainsi son rôle stigmatisant. En voulant s'en extraire, elles ne font que la renforcer et n'y échappent pas pour autant.
En tant que femmes transgressant les règles du genre, nous sommes davantage victimes de violences sexuelles, et plus encore depuis l'application de l'article L50 de la LSI pénalisant le racolage passif. Or, la reconnaissance des violences sexuelles que nous subissons passe par la reconnaissance de nos vies, de nos identités et donc de notre travail. Le viol conjugal a été reconnu grâce au combat de nos mères, le viol des putes ne l'est toujours pas.

Aujourd'hui, jour née mondiale des femmes, nous souhaiterions que cette journée soit celle de toutes les femmes et donc aussi la notre. Notre combat n'est pas tant qu'il n'y parait opposé à celui des autres féministes et se rejoint au contraire sur de nombreux points tels la parité, l'égalité salariale etc. Nous demandons donc officiellement au CNDF de bien vouloir accepter l'inclusion de notre groupe activiste Les Putes au sein de ce collectif représentant l'ensemble des grandes associations féministes françaises.
Nous avons besoin du soutien de l'ensemble des féministes et espérons qu'elles et ils marcheront avec nous le samedi 18 mars prochain à l'occasion de la première Pute Pride, manifestation de prostituées.

Nikita et Cadyne


TEXTE DIFFFUSE PAR FEMMES PUBLIQUES A L OCCASION DE LA PUTE PRIDE.

Féministes, putes, nous en sommes fières !

le samedi 18 mars 2006

• Une association féministe à la pute pride ???? OUI parce qu’être féministe c’est revendiquer
le droit à disposer de son corps
le droit à la sexualité avec ou sans désir
le droit au sexe sans amour
le droit de choisir le sexe comme monnaie d’échange sans avoir à être jugéE
le droit à ne pas avoir qu’un-e seul-e partenaire
le droit de ne rendre des comptes à personne
le droit de prendre les hommes pour des porte monnaie
le droit d’être fière même dans des situations difficiles, parce que les situations difficiles sont souvent dues - quand on est minoritaire - plus au stigmate qu’à toute autre cause
LE DROIT DE CHOISIR SA VIE

• Marcher auprès des prostitué-es, n’est-ce pas accepter la domination des femmes et leur marchandisation ? NON
marcher auprès des sans papiers, est-ce accepter la politique d’exploitation du Sud par le Nord ?
marcher auprès des syndicats pour la sauvegarde des droits sociaux est-ce accepter le salariat comme mode de domination économique et sociale des individus ?
marcher auprès des femmes hétéros, encore inégales face à leurs hommes voire battues par leur homme, est-ce cautionner l’hétéro-domination ?
LA SOLIDARITE N’EST-ELL E PAS LA PREMIERE MANIERE DE LUTTER CONTRE TOUTES LES DOMINATIONS ?


PS :

Contact : femmespubliques@yahoo.fr

A NOTER : l’association initiatrice de la manifestation est


Le féminisme pute ou whore feminism

 

Être pute, c’est être féministe.
Nous n’avons pas de leçon de féminisme à recevoir de celles qui veulent nous abolir.
Le féminisme pute, c’est refuser de restreindre la libre disposition du corps au droit à l’avortement. Le féminisme pute, c’est sortir de la nostalgie des années 70 pour retrouver les utopies de révolution, de transformation radicale de la société, de suppression du patriarcat. Le féminisme pute, c’est refuser de sacraliser le sexe, refuser de limiter la sexualité au corps. Ce n’est pas parce que nous nous faisons pénétrées que nous donnons notre corps. Ce n’est pas parce que nous recevons de l’argent contre des services sexuels que nous devenons des esclaves. Le féminisme pute, c’est pouvoir concevoir et pratiquer sa sexualité en dehors des cadres du couple, du mariage, de l’amour. C’est démontrer que nous pouvons comme les hommes concevoir et pratiquer notre sexualité juste par envie, par plaisir, par intérêt. C’est accepter que notre sexualité puisse se pratiquer aussi entre autres pour se rendre service les unEs les autres, sans attache et pourquoi pas contre rémunération.
Le féminisme pute, c’est faire de la prostitution un moyen d’épanouissement et d’indépendance pour les femmes. C’est devenir expertE de la sexualité pour mieux jouir et faire jouir. C’est avoir une intelligence sexuelle et donc travailler aussi avec son cerveau.
Le féminisme pute, c’est se réapproprier l’insulte de pute en fierté au lieu de tenter de s’en défaire. Parce que l’injure « pute » ne désigne pas que nous. Elle désigne toutes les femmes. Lutter contre la putophobie, c’est donc lutter contre le sexisme ambiant, lutter pour pouvoir être, s’habiller, se comporter comme des putes même si on ne l’est pas sans peur d’être agresséEs. Nous luttons pour une réelle liberté sexuelle de toutEs.
Où, quand, comment, combien je prends, le choix me revient, mon corps m’appartient.


La prostitution comme échappatoire au système patriarcal.

GRATUITE = OPPRESSION

La gratuité d'un rapport sexuel résulte soit d'un échange égalitaire entre deux ou plusieurs personnes qui tirent chacune profit de ce rapport par l'extorsion de plaisir, soit résulte d'une oppression.

Ce n'est pas parce qu'un rapport est consenti qu'il est forcément désiré. On pourrait parler du devoir conjugal qu'on oublie souvent de qualifier de viol, mais d'autres l'ont fait avant nous. Nous constaterons simplement le fait que de nombreuses personnes et surtout parmi les femmes rendent des services sexuels aux hommes gratuitement sans en tirer aucune compensation: ni plaisir, ni argent.

Comment peut on appeler cela autrement que de l'oppression?

Il convient désormais de qualifier d'oppression le fait que des femmes doivent de façon gratuite réaliser un travail domestique au profit des hommes.

Il en va de même s'agissant de service sexuel.

SEXUALITE REPRIMEE...

La répression de la sexualité pousse chacunE d'entre nous à vivre exclusivement au sein du couple dans des relations amoureuses. Quelques personnes célibataires, multipartenaires, homosexuelLEs tentent d'échapper aux normes sexuelles quoique celles-ci les rattrapent eux/elles aussi. En effet, une fois les premières années de l'âge adulte passées, ils/elles ont tendance à se résigner et à vouloir se caser, former un couple pour ne pas "vieillir seulE". La peur de devenir "vieille fille" étant très grande. Il y aurait environ 80 % de la population française qui au moins une fois dans sa vie se serait mariée, sans parler de ceux/celles qui vivent en couple sans être mariéEs.

On peut donc dire que la grande majorité de la population imagine et vit sa sexualité dans un échange gratuit de plaisir entre deux individus. Ce que tout le monde ou presque refuse de voir c'est qu'en réalité il y a parmi ces deux individus, au moins un qui bénéficie d'un service que lui rend l'autre, ou un échange de service mutuel. Afin qu'une oppression puisse perdurer, il est préférable qu'elle reste invisible. On tente donc de masquer le fait que beaucoup rendent un service sexuel gratuitement à leur mari juste pour lui faire plaisir sans en tirer aucun bénéfice. Certaines essaieront d'échapper à cette corvée, prétextant une migraine ou autre chose. Beaucoup la vivront comme un viol, ce qui est le cas d'ailleurs. D'autres accepteront que leur mari les trompe pour ne pas avoir à leur rendre ce service.

...ET AU SERVICE DES HOMMES

Comment se fait il que certainEs ne se procurent pas de plaisir dans la sexualité ?

C'est le fait de la répression de celle-ci. Puisque la contrainte à la vie familiale est très forte, presque touTEs s'y soumettent et se retrouvent dans une des pires structures d'oppression: la famille. Une fois mariée, les femmes se rendent très vite compte qu'elles doivent se battre quotidiennement si elles veulent imposer un rapport égalitaire avec leur mari. Sauf que ce combat est quasi perdu d'avance. Toutes les pressions sociales extérieures retomberont presque exclusivement sur nous. Les remarques sur la tenue de la maison sont adressées aux femmes, les relations avec le reste de la famille relève de leur devoir, puis dès que vient le premier enfant, tout ceci devient encore plus flagrant. Toute la pression sociale sera presque exclusivement tournée vers l'éventuelle mauvaise mère, car le fait qu'un homme soit un mauvais p ère est beaucoup moins perçu négativement en comparaison d’une mauvaise mère.

Dans les cas de couples homosexuels ou de personnes non mariées, la domination de l'un par l'autre peut se révéler moins importante. Il est plus facile d'y échapper mais elle est quand même très souvent tout de même présente car même ceux/celles qui sont marginaliséEs par un style de vie non familial ou considéré comme déviant ont la volonté de se conformer au modèle que représente la vie de famille hétérosexuelle.

Même dans ces situations, on s'aperçoit que l'unE fait plus pour le plaisir de l'autre. Très souvent, il ne s'agit même pas d'éprouver moins de plaisir que l'autre mais bel et bien de se contenter de lui faire plaisir, de ne se satisfaire que de son plaisir à lui.

On se retrouve dans des situations dans lesquelles la dominéE, le plus souvent la femme, intériorise d’elle même le fait de se dévaloriser par rapport à son mari. On pense être amoureuxSE et on ne se préoccupe même plus de son propre plaisir car c'est le sien qui importe le plus. On accepte alors très bien de ne pas éprouver de plaisir. On peut constater d'ailleurs, que l'épanouissement sexuel n'est pas ce qui est le plus valorisé dans les situations de couple. On ne nous pousse jamais à nous mettre en couple sous prétexte qu'on s'éclate plus ainsi sexuellement. Non, même si certains journaux féminins essaient d'améliorer l'affirmation du désir et du plaisir sexuel des jeunes femmes, ce désir se tait rapidement face aux exigences de la vie de couple. Peut être qu'au départ, il y avait véritablement un échange de plaisir entre les deux partenaires mais même dans ces cas là, la lassitude s'installe rapidement et on ne remet pas toujours pour autant en cause l'existence de la vie de couple.

Dans ces cas là, on préférera maintenir l'illusion d'un couple heureux, épanoui sexuellement, mais les pratiques seront toutes autres.

LA FIDELITE, UN DEVOIR SURTOUT POUR LES DOMINEES

Le concept d'amour masque les rapports de domination au sein du couple. A l'origine, la fidélité ne concernait que les dominéEs: les femmes. Les hommes voulaient s'assurer que leurs enfants soient bien les leurs, leur propriété et non pas le fruit d'une éventuelle autre intervention. La fidélité, tout comme l'interdit de l'avortement et de la contraception est un instrument de contrôle de la reproduction, du corps des femmes. Car ce sont bien les femmes qui sont les premières concernées par cette obligation.

On nous dira que de nos jours, la fidélité concerne tout le monde et qu'elle est avant tout une preuve d'amour. Certes les luttes des féministes et autres folles militantes ont permis de redéfinir le couple et le mariage. Mais il n'en reste pas moins que le devoir de fidélité est toujours plus demandé aux femmes qu'aux hommes. Heureusement, aujourd'hui l'adultère n'est plus un délit, mais sa répression concernait bien plus les femmes que leur époux. Les hommes infidèles peuvent subir eux aussi l'opprobre, mais il s'agira alors souvent de condamner le fait que cet homme vole la femme d'un autre et non pas qu'il porte préjudice à sa propre femme. Car il n'y a aucun préjudice.

Il s'agit plutôt de constater l'appropriation des femmes par le mariage, de la répression de la liberté sexuelle de chacunE. Au sein du couple, les individus pensent être complémentaires l'unE de l'autre. Ils pensent être la FEMME DE, et donc de S'APPARTENIR l'unE à l'autre. ChacunE est la propriété de l'autre. On interdit donc à son partenaire d'"aller voir ailleurs", on le force à se censurer sexuellement. Le simple désir d'un autre est refoulé car on n'est sensé n'aimer qu'une seule personne. Sauf que même si de plus en plus d'hommes se déclarent fidèles, ils le sont officiellement beaucoup moins que les femmes, car ils peuvent davantage se le permettre. Si bien que lorsque les femmes sont tout autant infidèles, l'aveu de leur faute sera beaucoup moins facilement pardonné.

Nous avons l'impression que la fidélité nouvelle des hommes à l'égard de leurs épouses reflète une plus grande égalité dans les rapports femmes-hommes. Il nous semble plutôt que le retour en force des valeurs du mariage valorisent l'idée d'appropriation du corps de l'autre. L'unE appartient au second et doit ainsi oublier son désir, ne le concentrer que sur un seul et donc au bout du compte à son seul profit.

LA LIBERTE SEXUELLE DES HOMMES EST QUELQUECHOSE DE NORMAL...

Tout le monde sait pourtant que les hommes ne censurent pas du tout leur désir. Toutes les communications sur le sexe dans les médias, la pornographie, la publicité sont presque exclusivement tournées vers les hommes hétérosexuels. C'est tout au contraire qu'ils s'enorgueillissent de leurs conquêtes, qu'ils s'en vantent.

En tant que prostituéES, nous avons pu faire le constat que la grande partie de notre clientèle n'était pas comme on peut croire des hommes pataugeant dans la "misère sexuelle" et n'écoutant que leurs pulsions. Non ces expressions n'existent que pour légitimer les viols qu'ils peuvent commettre. En réalité, ceux qui sont en demande de nos services sexuels sont des hommes normaux, pour la plupart d'entre eux des hommes mariés, Monsieur tout le monde.

Nous employons volontairement le terme de "normal" car on pourrait penser par exemple que les clients qui couchent avec un prostitué garçon sont homosexuels. Or, l'identité pédé n'est pas définissable par le fait de coucher avec des personnes de son sexe. L'identité pédé est le résultat d'une remise en cause de la société hétérosexuelle et patriarcale, de la déconstruction de ses mythes homophobes et donc de son expression par le coming out, l'affirmation d'une fierté qui signifie le refus de la honte. Or ces hommes bien qu’ils couchent avec des hommes sont hétérosexuels. Il n'y a qu'eux et leur plan cul: le tapin ici, qui connaissent leur secret. Ils mènent une vie parfaitement hétérosexuelle. Ils participent au système hétérosexuel en dominant leur femme et leurs enfants. Nous faisons cet aparté sur ces "honteuses" pour démontre r qu'elles aussi participent au système patriarcal hétérosexuel et que si leur désir est réprimé, c'est qu'ils le veulent bien car ils miment les hétéros et cautionnent la censure de leur désir homosexuel et de celui des femmes.

Tout le monde donc peut constater que notre société tolère très bien la liberté sexuelle des hommes, l'encourage même, mais au contraire empêche l'expression de celle des femmes et autres transpédégouines. On considère plutôt que ces dernièrEs sont les instruments de la sexualité des dominants. Les femmes mariées le savent bien. Elles se doutent parfaitement que leur mari fréquente des prostituéEs, les "trompent", ou qu'ils baisent avec d'autres mecs dans les lieux de dragues pédés. Mais elles préfèrent faire comme si de rien n'était. Elles préfèrent ne pas savoir car elles se sentiraient fautives, elles auraient honte qu'on puisse penser qu'elles n'assurent pas correctement leur "devoir conjugal", qu'elles ne parviennent pas à offrir à leur mari le service sexuel auquel il a droit en tant que mari. Certaines ne sentiront aucune g êne, et seront heureuses de la situation. Cela les arrange de ne pas avoir à rendre ce service et préfèrent laisser ce travail à des professionnelLEs.

OUI LA PROSTITUTION EST UN TRAVAIL: UN TRAVAIL SEXUEL

Afin de mieux nous opprimer, on refuse de considérer la rétribution d'un service sexuel comme un travail. Les dominants préféreraient bien entendu que le travail sexuel soit exercé gratuitement dans le cadre des relations de couple. Mais cette exploitation doit cesser. Notre corps nous appartient et nous ne devons plus tolérer de travailler gratuitement ou pire d'être appropriéEs comme des esclaves.

Ces hommes que nous ne désirons pas doivent payer. De la même manière, les femmes doivent pouvoir avoir accès aux services sexuels de professionnels. Tout le monde trouve normal que dans les métiers de services, dans lesquels des clients se procurent du plaisir, on paie les travailleurs qui rendent ces services. Pourquoi ne devrait on pas payer contre un service sexuel? Pire, pourquoi tolère t on certains travailleurSEs sexuels et pas d'autres? Les masseuSEs, actRICEs porno, streapteaseurSEs, téléopérateurRICEs des messageries roses, bien que mal considéréEs parviennent tout de même à faire reconnaître légalement leur travail. Il faut ouvrir aux prostituéEs les droits à la sécu, à la retraite, leur permettre de déclarer pas seulement leurs revenus aux impôts mais bien un statut social de travailleurSE afin de postuler à la demande d'un logement par exemple.

UTILITE DE LA PROSTITUTION...

Les dominants dans le système qu'ils entretiennent ont obligé les femmes à se marier et être fidèles à un seul homme. Toutes les femmes de manière générale leur appartiennent jusqu'à ce qu'elles se marient et dans ce cas afin de se protéger de l'appropriation de tous, elles acceptent la domination d'un seul: leur protecteur. Il y a donc les femmes de la sphère privée: les épouses, et les femmes publiques: les putes. Les hommes savent qu'ils peuvent vivre leur sexualité grâce aux services que leur rendront les femmes mais puisque certaines d'entre elles tentent de se protéger du stigmate de pute, il est parfois difficile de toutes les baiser. Par facilité, ils s'adressent à des travailleurSEs du sexe, qui sont là pour ça. Les putes sont donc tout de même utiles au système. Les hommes sont bien contents de pouvoir bénéficier de nos services.

Alors pourquoi répriment ils les putes?

... ET REPRESSION DE SA VISIBILITE

On remarque que ce n'est pas la prostitution en tant que telle qui est réprimée mais sa visibilité. On l'a vu les hommes bénéficient de services sexuels, ils ont donc intérêt à ne pas nous abolir. Or ils s'attaquent quand même à nous indirectement en pénalisant par exemple le racolage. Le but est de pousser les putes à se cacher, de rester dans la clandestinité afin de maintenir l'idée que ce n'est pas une activité normale que tout le monde, et en particulier les jeunes et les femmes peuvent pratiquer. Ce qui dérange, c'est la visibilité d'un travail qu'on ne veut pas reconnaître comme tel. Certaines femmes, le plus souvent des bourgeoises, se présentant parfois féministes, vont-elles vouloir nous éradiquer. Leur problème est certainement d’ordre sexuel. Elles trouvent dans ce combat un moyen de se positionner comme de gentil les dames, généreuses, au service de l’humanité et au secours de ces pauvres victimes que nous serions d’après elles. Elles ne font que maintenir une forme d’oppression à notre égard, nous confisquant la parole, nous considérant comme des victimes trop connes. Elles parviennent à trouver une valorisation sociale en nous servant de machines à café quand nous les rencontrons sur le trottoir ou en militant pour notre abolition. Elles ne se rendent même pas compte que c’est justement à cause de leur combat pour nous maintenir en tant que victimes que la répression et les violences des hommes se font plus nombreuses contre nous. L’illégalité et la clandestinité sont en effet la porte ouverte à tous les abus.

LES MAISONS CLOSES

On nous objectera qu'il y a à l'étranger et qu'il y a eu auparavant une reconnaissance du travail sexuel, notamment dans les maisons closes. Mais cette reconnaissance là ne nous convient pas. Les maisons closes sont plutôt la reconnaissance d’une exploitation. Beaucoup sont nostalgiques des maisons de passes car il y avait le confort, le chauffage, on était entre filles, et on n’avait pas à attendre le client. Mais pour tout ça, on n’a pas besoin d'avoir un patron! On peut travailler chez soi dans de bonnes conditions sans se retrouver obligéE de travailler pour quelqu’un qui tirera profit de notre travail et qui nous imposera ses conditions, ses clients. Bref l'exploitation... autant être mariéE.

LE TRAVAIL FORCE

On nous objectera également que si des putes comme nous sont fièrEs de ce qu'elles sont et de ce qu'elles font, la majorité d'entre elles sont les victimes d'un atroce trafic d'êtres humains. Bien entendu on aurait pu dès le départ commencer par cette question car c'est la première chose à laquelle on pense aujourd'hui quand on parle de prostitution. Notre intention n'est pas de minimiser ce phénomène mais de bien distinguer celui-ci de la prostitution en tant que telle. Le fait que des personnes soient esclaves, victimes de réseaux mafieux n'est pas uniquement présent dans la prostitution, on pourrait citer le bâtiment, le travail domestique comme des domaines dans lesquels beaucoup de travailleurSEs sont en fait des esclaves.

Il ne faut surtout pas faire l'amalgame entre la prostitution et la mise en esclavage de personnes que l'on force à pratiquer la prostitution. Cet amalgame permet en effet de victimiser les travailleurSEs du sexe, de les infantiliser, de parler à leur place. Cet amalgame permet aussi une plus grande répression de la prostitution de rue, visible, sous prétexte que c'est un moyen de lutter contre les réseaux.

Sur le terrain, on se rend compte que le nombre des victimes de ces réseaux n’a malheureusement pas diminué. Bien au contraire, les macs accentuent les pressions qu'ils exercent afin de ne pas être dénoncés auprès de la police. Les filles se retrouvent bien plus dans la clandestinité et plus fragiles face aux exigences des macs et des clients. La loi Sarkozy, puisqu'il est question d'elle, est une loi raciste qui s'attaque en premier lieu aux étrangerEs. La promesse d'un titre de séjour au profit d'une dénonciation se traduit le plus souvent par une APS non renouvelable. Les filles ne sont pas plus protégéEs mais chasséEs par la police. Et même quand elles sont expulséEs, il n'y a rien de plus facile ensuite pour les réseaux qui les ont conduit sur le trottoir de les y replacer aussitôt.

Afin d'aider ces femmes, il nous parait plus judicieux d'accorder des droits aux travaileurSEs du sexe. Plus on jouit de droits, plus on est reconnuE par la société et plus on est fortE et apte à se libérer d'une domination. Donner des papiers à ceLLEs qui n'en ont pas leur permettra de circuler librement, de travailler légalement, de ne pas être dépendantES de ceux qui détiennent leur passeport. Légaliser les drogues et permettre aux usagerEs de drogues de s'en procurer de bonne qualité légalement grâce à l'Etat leur évitera d'avoir à s'en fournir de mauvaise qualité au marché noir, en risquant d'être sous la dépendance d'un dealer qui leur demandera de se prostituer à son compte à lui. Au lieu de réprimer les putes, la police devrait veiller à leur protection pour qu'elles n'aient pas à demander celle d'un proxénète.

ETRE HORS SYSTEME

Etre une pute est le meilleur moyen pour ne pas se mettre sous la domination d'un patron. C'est aussi la meilleure excuse qu'on peut avoir pour ne pas accepter la domination d'un mari. Le profit tiré de son travail permet également de s'extraire de l'autorité paternelle et vivre économiquement indépendantE de la cellule familiale qui vous aura de toute façon bien souvent rejetéE en raison de votre statut de pute. Il ne faut pas trop fantasmer sur les revenus des prostituéEs, mais il est vrai que l'argent rentre plus facilement. Ne plus avoir de soucis d'argent est un moyen d'être libre dans cette société capitaliste. On peut donc se permettre davantage de mener sa vie non pas en fonction des autres mais comme on l'entend. Le système patriarcal a moins de prises sur vous. Vous avez vraim ent l'impression d'être hors du système. Les oppriméEs que vous côtoyez vous paraissent vivre dans un monde complètement surréaliste. Ils sont heureux d'avoir des week-ends de 3 jours quand vous êtes loin des 35 heures