Histoire de la prostitution


Préhistoire

On sait très peu de choses sur la prostitution pendant la préhistoire mais il est avéré qu’elle existait chez les différents groupes primitifs. Ainsi arrivait-il que les hommes livrent le produit de leur chasse aux femmes afin d’obtenir leurs faveurs sexuelles. Parfois aussi il s’agissait d’ « hospitalité sexuelle » : les hommes offrait leurs femmes ou leurs filles aux hôtes qu’ils accueillaient

Antiquité

• Le statut des prostitués

Attestée par l’historien grec Hérodote au Ve siècle av JC, la prostitution est d’abord sacrée car liée aux cultes de la fécondité : prêtresses et prêtres devaient s’accoupler pour provoquer la fertilité des terres. Puis la pratique évolue. Les offrandes aux dieux sont remplacées par le paiement des personnes et, aux alentours des sanctuaires, se développe une prostitution profane.
Cette forme de prostitution, loin de l’argument sacré, est liée à l’esclavage. Les enfants abandonnés par leurs parents à la naissance ou enlevés par des pirates qui les revendaient sur les marchés des villes méditerranéennes constituent la marchandise habituelle des proxénètes. A leur côté, des femmes pauvres, des filles délaissées, des veuves rapportent les historiens. Les prostitués ont le statut d’objets possédés par un maître qui, selon les règles générales de l’esclavage, avait un droit absolu de disposer de leur corps.

• La loi de Solon

La prostitution, sous sa forme commerciale, apparaît au VIe siècle avant JC en Grèce. Elle se développe tellement que Solon (640-558 av. J.-C) décide l’ouverture des premières maisons closes.
Ces maisons d'État, les dictérions, sont organisées rationnellement. Dans chacune d'elles, une équipe d'employés surveille la bonne marche de la maison. Les bénéfices vont à l'État : les établissements sont tenus d'acquitter une taxe, le pornikotelos.
Plusieurs classes de prostituées répondent au découpage hiérarchique de la société. En premier, on trouve les dictériades qui, outre le port de vêtements distinctifs, se voient imposer l'interdiction de sortir avant le coucher du soleil et de quitter la ville sans autorisation. Viennent ensuite les aulétrides et, dans les sphères privilégiées évoluent les hétaïres, véritables courtisanes, fréquentées par les gens de pouvoir. Parmi les hétaïres célèbres, citons Phryné, Laïs de Corinthe, ou encore Aspasie - devenue plus tard l’épouse de Périclès.
Toutes ces mesures sont justifiées par la nécessité d'éviter un supposé désordre et de protéger la « vertu » des « femmes honnêtes ». De plus, le système s'avère particulièrement profitable aux finances de l'État. Il est maintes fois repris... Tout comme l'idée d'une prostitution nécessaire au maintien de l'ordre dans la Cité.
Il existe aussi des lieux de prostitution masculine dédié au plaisir des hommes. Les relations homosexuelles n’encourent alors aucun interdit.

• Les meretrix de Rome

Les Romains appellent les prostituées « meretrix », qui signifie « celle qui gagne de l’argent grâce à son corps ». Les meretrix sont les personnages principaux des comédies de Plaute et de Terence représentées au IIe siècle av JC.
La plupart des prostituées romaines appartiennent à un leno, à la fois maître d’esclaves et proxénète. Mais il y a aussi parmi les meretrices des femmes affranchies et même libres. A Rome, l’exemple le plus célèbre est celui de Messaline, l’épouse de l’empereur Claude, décédée en 48. Cette grande dame incarnait alors les séductions du corps et la revendication d’une grande liberté sexuelle.

• Les lieux de joie

A Rome, la hiérarchie des prostituées s’inscrit dans la topographie urbaine. Deux quartiers sont les lieux de tous les plaisirs: Subure au nord du Forum et la région du Grand-Cirque au sud de ce même forum.
Dans les petites ruelles, sous les voûtes de bâtiments, dans des loges donnant sur la rue, les passants intéressés peuvent apercevoir ces femmes qui s’offrent à eux. Les loges ont été révélées dans les fouilles de Pompéi : elles comportent un lit maçonné dans le fond, qu’un rideau permet d’isoler lorsque le client est là. Les prostituées exercent leur charmes dans les rues du Trastévère, le long de la via Scraba ou de la via Appia.

Moyen Age


• Justinien et Théodora
De 527 à 565, c'est l'empereur Justinien 1er qui règne avec son épouse Théodora (morte en 548) sur l'empire byzantin. Il stipula en 531 dans son Corpus Juris Civilis que les proxénètes « seront punis sévèrement s'ils sont trouvés coupable de pratiquer ces métiers ». Les lois interdisant aux ex-prostituées de se marier furent également abolies. Précisons que l’épouse de Justinien avait pratiqué le plus vieux métier du monde avant de se donner à lui. Selon un extrait du code de loi instauré par l’empereur, on peut d'ailleurs se demander si ce dernier ne fait pas allusion aux difficultés qu'il a rencontrées: "il arrivait souvent que des hommes qui, par pitié, voulaient les soustraire à leur malheureux sort ou les épouser, ne pouvaient les arracher à ces sortes de prison ou ne les obtenaient qu'à prix d'or." On constate surtout que rien dans ce code de loi ne fait allusion aux prostituées elles-mêmes... En fait, cette loi visait essentiellement à les placer hors des maisons closes ; Justinien ouvrit alors un centre de réadaptation sociale, nommé metanoia qui voulait dire « se repentir ». Malgré ces efforts, le programme fut un échec, et le centre obligé de fermer ses portes.
L'empereur Théodose le Grand (379-395) essaya lui aussi d'interdire la prostitution, en ordonnant d'envoyer en exil tous les pères, époux, ou maîtres qui prostituent leurs filles, femmes ou esclaves, mais il n'a pas écrit de loi.

• Théodoric
Les nombreuses tribus germaniques, quant à elles, partageaient souvent le même avis sur la prostitution. Pour ces tribus, elle représentait une malédiction à combattre. Théodoric 1er a été, semblerait-il, le premier à user de violence dans ce domaine. En effet, les proxénètes étaient passibles de la peine de mort. Cependant, c’est avec le "Code Alaric" promulgué par Alaric II, roi des Wisigoths, que la persécution des prostituées fut la plus vive. En effet, ce code condamnait autant les prostituées que les proxénètes et les rendait justiciables du fouet.

• Charlemagne
Genséric de Carthage et Frédéric 1er Barberousse ont appuyé ces mesures, et Charlemagne décida d’inclure dans les capitulaires une loi portant exclusivement sur la prostitution. Cette loi manifestait une hypocrisie incontestable, puisque tous les chefs francs disposaient de harems ou des gynécées où ils entretenaient des concubines. Mais la prostitution pour le commun des mortels n'était évidemment pas tolérée. Les capitulaires stipulent que toute personne qui racole, aide des prostituées, ou encore tient des lieux de plaisir, est passible de flagellation. Les prostituées sont perçues comme de très graves criminelles et reçoivent jusqu’à 300 coups de fouets, soit le nombre de coups de fouets le plus élevé mentionnés dans le "Code Alaric", en plus de voir leur chevelure coupée. En cas de récidive, la loi était intransigeante, et la criminelle était vendue au marché des esclaves. Malgré toutes ces horreurs, de telles mesures ne parvinrent pas à évincer la prostitution.
A cette époque, la prostitution demeurait un phénomène rare étant donné que la société franque était majoritairement rurale et la prostitution un métier essentiellement urbain. On relèvera quelques exceptions toutefois, telles que des soeurs vivant dans couvent de campagne et se prostituant pour augmenter leur revenu.

• St Louis
Pendant l'époque où Louis IX régna, soit de 1226 à1270, la politique face à la prostitution fut changeante, passant de la prohibition à la tolérance. Il passa d'abord un édit en 1254, où il menace d'extradition toute personne faisant indirectement ou non de la prostitution son métier. Alors commença une dure répression, et la prostitution clandestine remplaça les maisons de joie ouvertes à tous. Mais les hommes s'en plaignants furent nombreux, argumentant que depuis la publication de l'édit, il est difficile pour eux de protéger leurs femmes et de leurs filles contre les assauts de violence que canalisaient autrefois les établissements professionnels. L'édit fut donc révoqué deux ans plus tard, et un nouveau décret a rétabli la prostitution, à condition que différentes règles soit suivies. Il ouvrit ensuite un centre de « réadaptation » et de « reclassement » ; ce centre, dans la lignée de celui ouvert sous Justinien, fut nommé "Couvent des filles-Dieu" et fut poursuivit sous le règne de Charles V. Mais Louis "le Saint" se heurta à un nouveau phénomène : la prostitution en terre sainte.

• Les Croisades
Dès la première croisade, soit de 1096 à 1099, les prostituées furent nombreuses à suivre les troupes. Leur nombre augmenta rapidement pendant la huitième croisade menée par Saint Louis : les livres de comptes royaux mentionnent sous la rubrique "camp followers" que l'État devait payer un salaire à environ 13 000 prostituées afin d'encourager les troupes à continuer la guerre sainte. Saint-Louis se trouvait donc confronté à un cas de conscience, mais comment pouvait-il empêcher les prostituées de suivre ces hommes seuls soumis aux terreurs de la guerre?
Quant au fils de Louis IX, Philippe, il a poursuivit l'attitude de son père, c'est-à-dire les règles imposées aux filles de joie, qui les obligeait à n’exercer que dans certains quartiers de la ville. Cette politique malgré tout tolérante, que de nombreux politiciens préconisaient également, témoigne d’une réalité de l’époque: la prostitution ne gênait pas la population en général.

• Saint Thomas d’Aquin
Le discours ecclésial du XIe et du XIIe siècle, établit par le Decretum de Burchard, évêque de Worms, considère la prostitution comme un mal et admet en même temps sa nécessité. Ce discours fait preuve en outre d’injustice en condamnant la prostituée beaucoup plus sévèrement que le client, puisqu’ après jugement elle doit se soumettre à une pénitence de six années quand lui doit jeûner pendant dix jours. Le mal se situerait du côté de la prostituée et non de celui qui en a besoin comme exutoire.
Le premier texte positif concernant la prostitution est écrit par Saint-Thomas d' Aquin, dans sa Somme théologique. Il fait en allusion trois fois dans cet ouvrage, mais toujours d'une manière détournée. Il commence par expliquer que l’on doit se montrer tolérant envers la profession, puis va plus loin en mentionnant que l'on peut accepter les fruits de ce commerce en toute conscience. Saint Thomas d' Aquin reprend aussi les propos de Saint Augustin, affirmant que la "prostitution in the towns is like the cesspool in the palace: take away the cesspool and the palace will become an unclean and evil-smelling place." En fait, la démarche de Saint Thomas d’Aquin s’inscrit dans un besoin de justification du clergé, qui s’est considérablement enrichi grâce à la prostitution.

• Institutionnalisation
A partir du XIVe siècle, on assiste à un effort d'institutionnalisation de la prostitution, visant à tirer profit de ce commerce et à le restreindre à certaines zones de la ville.
En 1360, Jeanne 1ère, reine des Deux-Siciles, ouvrit un lieu de plaisir en Avignon où les filles étaient largement contrôlées par des médecins et une abbesse. Cette initiative fut prise davantage dans le but de renflouer les coffres du royaume (celui-ci effectuait des prélèvements sur les activités des nouvelles protégées de la reine), et non dans une perspective humaniste, mais elle a tout de même créé un précédent. .
Le Grand Conseil de 1358 déclara que "les pécheresses sont absolument nécessaires à la Terra". Ainsi, puisque les bordels seront dorénavant considérés comme nécessaires par l'Église, les municipalités et les élites des royaumes, tels le clergé de l'époque, en prendront rapidement le contrôle et en tireront profit. Voltaire rapporte à ce propos que l'évêque de Genève administrait tous les lieux de joie de ses terres. Dominique Dallayrac ira jusqu’à avancer que la prostitution amena plus de richesse au clergé que tous leur fidèles réunis. Saint Thomas d'Aquin raconte également que des moines perpignanais organisaient une collecte de fond pour ouvrir un nouveau lieu, dont ils vantaient le mérite : "oeuvre sainte, pie et méritoire". En 1510, le pape Jules II fera construire un lieu de plaisir strictement réservé aux chrétiens.

• Le réglementarisme
Une anecdote vénitienne du XIVe siècle nous dépeint bien comment les codes vestimentaires étaient établis à l’époque. C'est l'histoire d'une reine qui aurait partagé le baiser de paix à l'église avec une courtisane richement parée. Apprenant son erreur, elle demanda au roi d'interdire à des dames de joie de porter « de si riches toilettes, de sorte qu'on ne puisse les confondre avec les honnêtes gens ». Depuis, à Venise, les femmes frigides se démarquent des courtisanes par leurs habits, afin d’éviter toutes confusion des prétendants.
Cette ségrégation se poursuit tout au long du XIVe siècle par une série de règlements. Tout d'abord, les activités des prostituées sont restreintes à l'île du Rialto, soit le quartier des affaires, et en 1360, il leur est interdit de se rendre dans le Rialto Nuovo. Puis, elles sont autorisées à racoler dans les ruelles et non sur l'artère principale du marché. A partir de cette date est également né un « hôtel public », contrôlé par la République. A partir de 1438, elles n’ont plus le droit de franchir le seuil des tavernes, et en 1460, un capitulaire ordonne à toutes les prostituées de cesser leurs activités au risque d’une amende de 10 livres et de 25 fustigations.
Ce changement serait né d’une volonté de donner au cœur de la ville un aspect « digne et prestigieux », en accord avec son effervescence économique. Les prostituées subissent le même traitement que les mendiants, expulsés des paroisses pour les mêmes motifs. Ces règlements révèlent une volonté encore plus grande de l'État vénitien d'affirmer son contrôle sur la vie publique aussi bien que privée des habitants.
Afin de vérifier que les lois étaient bien appliquées, des vêtements particuliers étaient assignés aux prostituées (notamment un ruban de couleur jaune au cou), afin que chacun puisse les reconnaître et sévir si jamais elles n'obéissaient pas. À Londres, il leur était interdit de porter de la fourrure ou de la soie. Les talons des souliers étaient également limités à une certaines hauteur. A Venise et à Sienne, elles devaient porter des souliers plats ou des pantoufles. Les souteneurs étaient aussi "condamnés à porter un habit de couleur jaune, sous peine d'être fouettés....afin que tous puissent les reconnaître et surtout les éviter". Ces codes vestimentaires reçurent l'appui du clergé.