Cette
journée est aussi la nôtre
Aujourd'hui, journée
internationale des femmes, le groupe Les Putes lance un appel à toutes
les féministes et défensseures de la cause des femmes
afin qu'elles écoutent ce que les travailleuses du sexe
ont à leur dire :
Lettre
ouverte à nos soeurs féministes
Notre nouveau groupe activiste Les Putes, composé exclusivement de putes
-femmes et transpédégouines- a pour but l'auto support et la
lutte contre la putophobie. Nous estimons que le combat des Putes est un combat
féministe. Malheureusement jusqu'à présent nous sommes
exclues de la plupart de ses mouvements. Cette exclusion est le fruit d'une
incompréhension: la majorité des féministes pensent que
nous serions victimes de la prostitution quand nous pensons que nous sommes
victimes des mauvaises conditions dans lesquelles nous l'exerçons. Pourquoi
cette alliance avec les catholiques intégristes sur la prostitution
? Pire, le lobby abolitionniste est aujourd'hui très puissant, présent
au sein de différentes instances nationales et européennes, fortement
subventionné, alors que les associations de prostituées ne bénéficient
elles que de subventions pour la lutte contre le sida beaucoup plus faibles.
Nous ne sommes pas les premières à ne pas correspondre au modèle
de LA femme valorisé par les mouvements féministes. Avant les
années 1970 et la création du mouvement de libération
des femmes par de nombreuses lesbiennes, celles-ci en étaient exclues.
Considérées au début du XXè siècle comme
des perverses elles auraient donné une mauvaise image au combat des
suffragettes qui étaient déjà taxé de vouloir féminiser
la société, déviriliser les hommes et encourager l'homosexualité.
La revendication du droit à l'avortement à l'exception de la
précurseure Madeleine Pelletier ne faisait pas partie de leur combat.
Quittons donc cette vision essentialiste de ce que devrait être LA femme,
LA bonne féministe. Les putes ont besoin de l'aide des autres femmes
pour améliorer leurs conditions de travail et de vie, pour faire valoir
leurs droits et tout simplement être respectées. En effet, nous
sommes en première ligne sur le front des violences sexistes. L'injure
pute est sans doute la plus violente à l'égard des femmes et
nous désignent TOUTES. A chaque instant de nos vies, elle peut nous
rattraper et permet de limiter notre liberté sexuelle. Nous préférerions
donc qu'au lieu de tenter de s'en défaire les autres féministes
se la réapproprient avec nous en fierté cassant ainsi son rôle
stigmatisant. En voulant s'en extraire, elles ne font que la renforcer et n'y échappent
pas pour autant.
En tant que femmes transgressant les règles du genre, nous sommes davantage
victimes de violences sexuelles, et plus encore depuis l'application de l'article
L50 de la LSI pénalisant le racolage passif. Or, la reconnaissance des
violences sexuelles que nous subissons passe par la reconnaissance de nos vies,
de nos identités et donc de notre travail. Le viol conjugal a été reconnu
grâce au combat de nos mères, le viol des putes ne l'est toujours
pas.
Aujourd'hui, journée mondiale des femmes, nous souhaiterions que cette
journée soit celle de toutes les femmes et donc aussi la notre. Notre
combat n'est pas tant qu'il n'y parait opposé à celui des autres
féministes et se rejoint au contraire sur de nombreux points tels la
parité, l'égalité salariale etc. Nous demandons donc officiellement
au CNDF de bien vouloir accepter l'inclusion de notre groupe activiste Les
Putes au sein de ce collectif représentant l'ensemble des grandes associations
féministes françaises.
Nous avons besoin du soutien de l'ensemble des féministes et espérons
qu'elles et ils marcheront avec nous le samedi 18 mars prochain à l'occasion
de la première Pute Pride, manifestation de prostituées. Départ à 14H,
place Pigalle.
Pour plus d'informations, notre site www.lesputes.org
Nikita et Cadyne, pour le Collectif 